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Une famine persistante en Haïti

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Mardi 21 avril 2026

Éditorial — Insécurité alimentaire en Haïti : entre urgence et zones d’ombre

L’alarme n’est pas nouvelle, mais elle devient chaque jour plus assourdissante. Selon les dernières analyses de la Coordination Nationale de la Sécurité Alimentaire (CNSA), une part importante de la population haïtienne vit aujourd’hui en situation d’insécurité alimentaire. Derrière les chiffres, il y a des visages : des parents qui sautent des repas pour nourrir leurs enfants, des jeunes sans perspectives, des déplacés internes fuyant la violence, des communautés entières livrées à elles-mêmes.

Le constat est brutal : la faim n’est plus un phénomène ponctuel, elle devient structurelle.

Les causes sont connues, presque répétées à l’usure : chômage massif, effondrement économique, insécurité généralisée, désorganisation des circuits de production et de distribution. Mais les causes connues ne suffisent plus à expliquer l’ampleur du problème. Car une question persiste, lancinante : où vont les ressources mobilisées pour y faire face ?

Des milliards de dollars ont été annoncés, notamment par la Banque Interaméricaine de Développement. Des programmes d’assistance ont été déployés par le Programme Alimentaire Mondial. Des institutions nationales comme le Fonds d’Assistance Économique et Sociale et le Ministère des Affaires Sociales et du Travail sont également en première ligne.

Pourtant, sur le terrain, la réalité semble contredire les annonces.

Cela soulève une interrogation essentielle : l’aide est-elle réellement accessible à tous, ou devient-elle, volontairement ou non, sélective ?
Dans plusieurs zones, des citoyens dénoncent une distribution inégale, parfois politisée, parfois captée par des réseaux d’influence. Ailleurs, c’est l’absence totale d’intervention qui choque.

Il ne s’agit pas ici de nier les efforts consentis ni les vies sauvées grâce à ces programmes. Mais dans un contexte où les besoins explosent, la transparence et l’efficacité ne sont plus des options, elles sont des obligations.

Haïti ne manque pas seulement de ressources ; elle souffre aussi d’un déficit de coordination, de suivi et de redevabilité. Chaque dollar non tracé, chaque programme mal exécuté, chaque bénéficiaire oublié creuse davantage le fossé entre promesses et réalité.

La question n’est donc plus uniquement humanitaire. Elle est politique, économique et morale.
Face à cette situation, trois exigences s’imposent :une traçabilité claire des fonds engagés ;une meilleure coordination entre acteurs nationaux et internationaux et surtout, une distribution équitable, basée sur les besoins réels et non sur des logiques d’influence.

Car au bout du compte, une vérité demeure : une aide qui n’atteint pas ceux qui ont faim n’est pas une solution, c’est une illusion.

Haïti ne peut plus se permettre des illusions.

Dupiton André Fritz

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